Ce que dit l’étymologie
Le langage n’est pas une peau. C’est un corps.
Il a une chair et il a un squelette.
L’étymologie n’est pas l’étude des vieilleries. C’est la radiographie.
Prenez un mot, n’importe lequel.
« Anxiété ».
Il vient de angere, étrangler. Vous ne vous inquiétez pas, vous vous étranglez.
Le mot savait avant vous.
Votre gorge nouée est l’écho d’un savoir ancestral enfoui dans ces syllabes.
Ce n’est pas une coïncidence. C’est une mémoire.
Le discours moderne aime la chair.
Il engraisse de synonymes vagues, de termes psychologisants, de jargon qui endort.
Ce sont des coussins linguistiques.
Ils amortissent le sens du choc original, qui lui, est tranchant.
Mon travail, souvent, consiste à faire réapparaître l’os sous la chair.
« Émotion » ? emovere. Se mouvoir hors de.
Ce n’est pas un état, c’est un déplacement.
Une force qui vous expulse de votre position actuelle.
La dépression est l’inverse : deprimere, enfoncer.
Vous n’êtes pas « triste ». Vous êtes enfoncé.
Le langage est une carte géologique de l’âme.
L’étymologie ne prouve rien. Elle révèle.
Elle montre la structure de l’édifice dont vous habitez un étage,
souvent sans connaître les fondations.
Quand une personne répète qu’elle est « épuisée » (expaustus, vidé)
et que vous lui rappelez que le vide appelle non pas du repos, mais du plein,
le regard change.
Le problème n’est plus de « se reposer », mais de trouver par quoi se remplir à nouveau.
C’est cela le miroir.
Pas une explication.
Une évidence rendue par perception.
La langue est le premier et le dernier symptôme.
Elle porte la maladie et le diagnostic dans le même souffle.
L’écouter vraiment, c’est commencer à se délivrer de ce qu’on y a enfermé sans le savoir.