Le mensonge.

Un célèbre philosophe disait que l’on avale à pleine gorgée le mensonge qui nous flatte, et l’on boit à goutte à goutte une vérité qui nous est amère.

Cela m’a rappelé ce que je vous évoquais dans l’article précédent concernant le confort.
Car le mensonge commence souvent par la voie de la préférence tranquille.
Celle que l'on tolère pour soi,
plutôt que celle de la morsure du vrai.

Cela naît du refus de voir, du désir de préserver une image, une cohérence, une paix artificielle, un conformisme aussi.

Cela promet une continuité douce, sans heurts.
Le maintient dans la chaleur du connu, dans cette illusion que tout est encore sous contrôle.

Et puis, on ne cherche pas tant à tromper autrui qu’à protéger l’histoire que l’on s’est racontée.
Avec l’espoir que l’écho des autres, donc de l'extérieur, vienne valider notre fiction intérieure.
Mais à chaque fois que l’on renforce ce décor, on s’éloigne un peu plus de soi.

Laissez moi alors vous montrer en pratique un léger aperçu de ma méthode.
Nous allons lever le voile, revenir à la structure, et regarder le reflet autrement.

En modulant notre perception, une première faille apparaît : ment… songe.
Ainsi, le mot se fend et dévoile sa mécanique.
Le mensonge est un songe qui ment, un rêve que l’on protège contre le réel, une fiction intérieure que l’on défend pour ne pas affronter ce qui est.

Il suffit ensuite d'étirer quelque peu l’étymologie, et d'avoir un raisonnement analogique pour le confirmer.
Mentir vient de mentiri, formé sur mens, « l’esprit ».
Songer vient de somnium, « le rêve », dérivé de somnus, « le sommeil ».
Autrement dit : l'esprit et le sommeil.

C’est pourquoi le mensonge, dépouillé de sa forme verbale, est et agit comme un somnifère mental.
Il endort, il adoucit, il laisse croire que tout peut rester en place.
Il remplace le réel par un songe acceptable.
C’est une nuit administrée à soi-même pour éviter la brûlure du vrai.

Et c’est ainsi qu’un choix de confort finit en système de pensée.
Ce n’est pas l’ignorance de la vérité.
C’est son refus conscient, pour continuer à vivre comme avant.

Alors, dans le fond, tout comme pour ce syndrome de Stockholm qui ne dit pas son nom, c’est à vous de savoir si vous souhaitez, et méritez, d’être libres pour vous-mêmes.
De trouver le ressort pour délier cela lentement, comme on retire une à une les aiguilles plantées dans la chair.
C’est coûteux, certes. Mais c’est là le prix de la paix véritable.

Car oui, le confort est ce qu’il est, mais il n’est pas la paix.
Et l'indulgence permet seulement de se ménager, et encore...

Personne ne vous demande d'être lucide en continu.
Simplement, souvenez-vous que si le mensonge prend l’ascenseur, la vérité elle, finira toujours par prendre l’escalier.