Là où le soleil se lève, il oriente.

Écrit n°13 — 29 janvier 2026

Nul besoin de sacraliser.
Il faut remettre les mots à leur place.
Ils ne désignent ni des dons, ni des pouvoirs, ni des états supérieurs.
Ils décrivent des fonctions humaines précises, observables, travaillables et faillibles.

Intuition vient du latin intueri :
regarder attentivement, contempler, porter le regard sur.
Rien d’irrationnel ici.
Ce n’est pas une illumination : c’est une prise de vue directe,
sans détour par un raisonnement scientifique ou analytique.

L’intuition lève une orientation, pas une réponse.
Elle n’explique rien.
Elle ne démontre pas.
Elle indique une direction.

Elle surgit avant les mots, avant la logique, avant les preuves.
Elle dit là.
Jamais pourquoi.
C’est précisément pour cela qu’elle est fragile.

Isolée, elle devient : croyance et certitude infondée.
L’intuition n’est ni juste ni fausse en soi.
Elle est un réducteur de champ.

Elle permet de ne pas tout explorer,
de ne pas tout analyser,
de ne pas tout disséquer.
Sans intuition, on raisonne longtemps.
Avec intuition, on raisonne au bon endroit
ou l'on se trompe plus vite.

La sagacité, elle, vient de sagax, issu de sagire :
sentir vite, flairer, avoir l’odorat fin.
Elle n’invente rien.
Elle reconnaît rapidement ce qui est déjà passé par le corps,
l’expérience, la répétition.

C'est en quelque sorte l’intuition passée par le réel.
La sagacité est une mémoire vivante.
Elle n’a rien d’instinctif au sens naïf.

Elle reconnaît une dynamique relationnelle déjà vue,
une issue déjà rencontrée,
ou une structure déjà éprouvée.

Là où l’intuition pointe, la sagacité dit : oui,
je connais ce terrain,
ou non, méfiance.

L’une lève le regard,
l’autre oriente la forme.

Il n’y a rien de spirituel, au sens mystique, dans ces deux fonctions.
Il n’y a pas non plus de supériorité morale à les posséder.

Cependant, elles n'ont de valeur que lorsqu’elles sont incarnées
avec tenue et justesse.
Sinon, l’intuition devient posture,
la sagacité devient domination,
et le discernement se mue en théâtre.

L’intuition doit ouvrir.
La sagacité doit filtrer.
Et ce n'est qu'un commencement.

La suite demandera d'autres facultés,
d'autres coupes,
d'autres mises à nu.