Relier sans délirer.
Le raisonnement analogique est l’un des outils les plus puissants pour lire le réel.
Et l’un des plus mal employés.
Il ne consiste pas à rapprocher des choses parce qu’elles “se ressemblent”.
Il consiste à reconnaître une même structure opérant sous des formes différentes.
L’analogie ne compare pas des objets. Elle compare des rapports.
Et lorsqu’elle est juste, elle ne fait pas rêver.
Elle éclaire.
Corps et psyché.
Individu et collectif.
Symptôme et organisation.
Mythe et biographie.
Non parce que “tout serait symbolique”,
mais parce que les mêmes contraintes produisent des formes comparables.
C’est ici que beaucoup dérapent.
Car quand l’analogie n’est plus tenue,
elle cesse d’être un outil et devient un refuge.
Refuge qui alimente, à raison, ses détracteurs les plus farouches.
On projette du sens là où il n’y a que de la banalité.
On plaque du symbole là où il n’y a qu’un mécanisme.
On se rassure avec des correspondances imaginaires.
Ce n’est plus lire.
C’est enchanter le flou.
Le raisonnement analogique exige une discipline stricte.
Il impose de vérifier :
la structure,
la dynamique,
les contraintes,
les effets.
Sans cela, l’analogie ment.
Elle ne relie plus. Elle enjolive.
Lorsqu’elle est juste, l’analogie ne conclut rien.
Elle ouvre une lisibilité supplémentaire.
Elle permet de penser sans réduire.
De comprendre sans aplatir. De relier sans confondre.
Elle n’explique pas tout.
Elle rend cohérent ce qui semblait épars.
C’est pour cela qu’elle est précieuse.
Et pour cela aussi qu’elle doit rester sobre.
Plus l’analogie est opérante,
moins elle a besoin d’être commentée.
Comme toute fonction juste,
elle disparaît derrière ce qu’elle rend lisible.