Ce que l’on appelle à tort fatalité.
Souvent nommée à tort, la fatalité ne signifie pas la malchance.
À l’origine, elle désignait ce qui est fixé, irrévocable.
Aujourd’hui, le mot a changé de fonction.
Il sert à nommer ce que l’on ne veut plus interroger.
Car je ne parle pas ici de la maladie ni d'un accident.
Je parle uniquement des situations où un levier existait.
Dans ces cas-là, la fatalité n’existe pas.
Il existe uniquement des décisions,
des renoncements,
des répétitions.
Des choix similaires produisent des effets similaires.
Ce n’est pas le sort qui s’acharne.
C’est la causalité qui revient.
Appeler cela fatalité permet d’éviter une chose :
regarder ce qui, en amont, était possible.
Dès qu’un levier a existé, même faible, même mal vu
le mot devient inexact.
Il ne reste que des conséquences.
Parfois lourdes.
Parfois irréversibles.
Mais l’irréversibilité n’est pas une preuve de fatalité.
Elle peut être le résultat d’une série d’actes ordinaires.
La fatalité véritable commence là
où aucune action préalable n’était possible.
Partout ailleurs,
ce mot est un écran.
Et tant qu’il sert d’écran,
rien ne change.