La vérité.

Écrit n°18 — 22 mai 2026

On l’invoque beaucoup.
On la revendique facilement.
Mais on la rencontre rarement.
Car la vérité souffre d’un mal particulier :
chacun semble vouloir la sienne.

Ma vérité.
Ta vérité.
Leur vérité.
Comme si le réel devait négocier avec nos préférences.

Pourtant, à l’origine, le mot ne désignait pas une opinion.
Le latin veritas renvoie à ce qui est vrai, certes,
mais surtout à ce qui est fiable.
Ce qui ne trompe pas.
Ce sur quoi l’on peut s’appuyer.

Dans la tradition grecque, une autre idée apparaît :
la vérité n’est pas une possession.
Elle est un dévoilement.
Quelque chose qui cesse d’être caché.
Et c’est probablement là que les choses deviennent plus difficiles.
Car bien souvent, nous ne manquons pas de vérité.

Nous manquons surtout de disponibilité à son égard.

On sait, ou plus exactement :
une partie de nous sait déjà.

Mais l'on compose.
Non pas avec le monde ou les autres.
Mais avec soi-même.

Et plus le temps passe, plus le prix de cette composition augmente.
Et, ce que nous refusons longtemps finit souvent par revenir sous une autre forme.

Simplement parce qu’un désalignement produit presque toujours une tension.
On dit bien parfois :
« La vérité fait mal. »

Mais dans le fond, je crois plutôt que ce qui fait mal,
c’est le temps passé à lui résister.

Car lorsque quelque chose est enfin reçu clairement,
il reste certes des conséquences parfois lourdes.
Mais aussi une simplification.

Peut-être est-ce cela finalement, la vérité.

Non pas une idée supérieure,
mais ce moment précis où quelque chose
cesse enfin de mentir à l’intérieur de nous.